22/05/2016

Non à une initiative antisyndicale et dangereuse pour le service public

L’initiative « En faveur du service public » pourrait, si on en croit les sondages, être acceptée par le peuple et les cantons, en raison notamment d’un fort soutien des électeurs de gauche. Lorsque l’on prend la peine de lire le texte de l’initiative et non seulement son intitulé ou la propagande des initiants, une telle perspective est plus que surprenante. Elle s’explique probablement par une méconnaissance du contenu réel de l’initiative.

Prenons d’abord l’intitulé de l’initiative. Qui ne serait pas, à gauche en tout cas, en faveur du service public ? L’objectif proclamé est noble. Mais les mesures que propose l’initiative sont absolument contreproductives. En interdisant les financements croisés, on menace les prestations non rentables des services publics. Si les lignes de chemin de fer régionales ne peuvent bénéficier de la bonne rentabilité des lignes principales, elles seront abandonnées à moins que les contribuables ne mettent la main à la poche. En posant des contraintes mal pensées aux entreprises publiques, non seulement l’initiative rendra plus difficile l’exécution de leur mission de service public, mais elle créera une incitation irrésistible en faveur de leur privatisation. D’un point de vue de gauche, ce sont deux tares impardonnables du texte proposé. Le dire n’est en rien « hurler avec les loups néolibéraux », comme l’affirme un éditorial du Courrier, que l’on a connu mieux inspiré.

Le point le plus choquant de l’initiative est l’interdiction aux entreprises publiques de verser à leurs collaborateurs des salaires supérieurs à ceux des collaborateurs de l’administration fédérale. Les initiants affirment que leur texte ne concerne que les dirigeants de ces entreprises. C’est un gros mensonge, relayé explicitement ou par omission, par une bonne partie de la presse, y compris le Courrier précité, que l’on a connu plus soucieux des intérêts des salariés du secteur public. Le texte de l’initiative est, sur ce point, très clair : ce sont tous les collaborateurs des entreprises publiques qui sont visés. Si l’initiative passe, selon une étude des communes suisses, ce sont environ 8'000 collaborateurs qui risquent de voir leur salaire baisser. Ces chiffres méritent sans doute d’être discutés et sont peut-être exagérés. Même si le nombre de collaborateurs de niveau moyen ou inférieur dont le salaire baissera est moindre, il est totalement injuste de leur faire payer l’indignation que peut susciter la rémunération très élevée d’une poignée de dirigeants. De plus, la règle ne joue que dans un sens : il serait interdit de payer mieux que l’administration fédérale, mais il serait parfaitement permis de payer moins. La position des syndicats représentant le personnel concerné en serait considérablement affaiblie dans les négociations collectives : ils seraient légalement condamnés, quelles que soient les circonstances, à limiter les dégâts, soit les baisses par rapport aux rémunérations de l’administration centrale. Ils ne pourraient jamais tenter de faire bénéficier le personnel d’une entreprise publique de la bonne santé financière de celle-ci, à laquelle à l’évidence ledit personnel ne serait pas étranger.

En définitive, bien que ses promoteurs fassent aujourd’hui tout pour le cacher, la logique de l’initiative consiste à jouer des frustrations que tout usager des services publics ressent un jour ou l’autre face à une défaillance de ceux-ci et à en faire payer le prix à l’ensemble du personnel des entreprises publiques. C’est profondément injuste, bêtement inefficace et clairement contraire aux valeurs de gauche.