06/02/2016

Deuxième tunnel routier du Gothard : trompe bien qui trompe deux fois ?

De nombreux spécialistes des transports, de l’environnement et de la santé se sont exprimés sur l’absurdité de dépenser plus de 3 milliards pour créer un second tunnel routier sous le Gothard, dont le résultat sera de noyer encore plus Uri et le Tessin sous le flot des camions et d’aggraver de manière significative la pollution dans les régions concernées.

Ce projet ne vaut pas mieux sur le plan juridique. En effet, pour mieux vendre au peuple ce projet nuisible, le Conseil fédéral et les Chambres se sont livrés à deux manœuvres plus que douteuses.

L’objet sur lequel les électrices et les électeurs doivent voter est officiellement intitulé «Modification de la loi fédérale sur le transit routier dans la région alpine (Réfection du tunnel routier du Gothard) ». Ce titre est trompeur : il ne fait nulle mention du second tube et laisse entendre que voter non signifie s’opposer à la réfection du tunnel routier actuel. Or, personne ne s’oppose à cette réfection, qui est parfaitement possible, à moindre coût, sans second tube. Le procédé est déloyal. Il ne respecte pas non plus l’esprit de la loi fédérale sur les droits politiques. Celle-ci prévoit que lorsque le titre d'une initiative induit en erreur, contient des éléments de publicité commerciale ou personnelle ou prête à confusion, il incombe à la Chancellerie fédérale de le modifier. Cette règle découle du principe général de la liberté de votre garanti par l’article 34 alinéa 2 de la Constitution fédérale, principe qui doit évidemment s’appliquer aussi aux projets émanant des autorités et soumis au référendum : leur intitulé ne doit pas induire en erreur. En l’espèce, les autorités fédérales donnent un bien mauvais exemple en camouflant le véritable objet du projet soumis au vote et en essayant de tromper les personnes opposées à un second tunnel, mais favorables à la réfection du tunnel existant.

La deuxième manœuvre, plus grave, consiste à contourner l’article 84 alinéa 3 de la Constitution fédérale, qui prévoit que « la capacité des routes de transit des régions alpines ne peut être augmentée ». Les partisans du deuxième tunnel affirment que cette capacité ne serait pas augmentée, car une seule voie par tunnel ne serait utilisée une fois le nouvel ouvrage achevé. Cette argumentation est insoutenable. Premièrement, avec la construction du deuxième tunnel, la capacité des routes de transit sous le Gothard sera objectivement et à l’évidence doublée, quelle que soit la réglementation de circulation appliquée. Un particulier qui construirait une maison deux fois plus grande que ce que lui permet l’autorisation de construire qu’il a reçue ne saurait justifier son comportement en affirmant qu’il n’utilisera jamais plus de la moitié de ladite maison au même moment. Au surplus, celles et ceux qui pensent que sera tenue la promesse de limiter à une seule voie dans chaque sens la circulation au moment où deux tunnels seront ouverts croient encore au Père Noël, au Lapin de Pâques et à la Petite Souris réunis. Le projet de deuxième tunnel routier au Gothard viole donc de façon crasse la Constitution fédérale. On remarquera que l’UDC, si prompte à dénoncer le prétendu non-respect des initiatives de son cru votées par le peuple ne voit aucun inconvénient à fouler aux pieds la volonté du peuple et des cantons qui ont accepté l’Initiative des Alpes en 1994.

Le projet de deuxième tunnel routier au Gothard, financièrement désavantageux, écologiquement dévastateur, juridiquement inconstitutionnel et présenté de façon doublement trompeuse mérite un rejet clair et net.

 

Commentaires

Bon je vais finir par lasser, mais j'insiste. Pourquoi diable personne ne parle-t-il du projet Weibel ?
A quoi servez-vous, vous tous qui ne cessez de vous exprimer ici ou ailleurs ?
http://mobilite.blog.tdg.ch/archive/2016/01/11/au-gothard-ou-reste-le-bon-sens-273237.html

Écrit par : Pierre Jenni | 06/02/2016

Il mérite l'annulation du scrutin!

Écrit par : Marcello | 08/02/2016

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