20/09/2015

Pas touche aux piliers de notre démocratie

Paru dans la Tribune de Genève du 17 septembre 2015 (p. 14 « L’invité »)

La démocratie helvétique n’est pas parfaite : exclusion des étrangers intégrés, sous-représentation des femmes, puissance des groupes d’intérêts sont des problèmes réels. Mais, globalement, elle est bien vivante, fonctionnelle et équilibrée. Sa solidité repose sur trois piliers.

D’abord, des institutions représentatives qui assurent une voix à l’ensemble des forces politiques. Le système proportionnel de l’élection du Conseil national est le plus juste à cet égard. L’élection majoritaire du Conseil des Etats est moins satisfaisante, mais ces dernières années, dans les faits, la chambre a vu sa représentativité se renforcer. Quant à la composition du Conseil fédéral, élu par le Parlement, elle reflète grosso modo la force respective des principaux courants politiques du pays, ainsi que sa composition linguistique.

Le deuxième pilier, c’est bien sûr un système très complet et élaboré de démocratie directe, à tous les niveaux institutionnels. Incomparable instrument de résolution pacifique des conflits et remarquable outil d’intégration politique, ce système, dont nous sommes fiers à juste titre, est régulièrement perfectionné et doit absolument être préservé.

Le troisième pilier, c’est l’Etat de droit, à savoir un ensemble de droits fondamentaux des personnes – droits humains, libertés et garanties de procédure – qui permet de distinguer entre une véritable démocratie, respectueuse des individus et des minorités, et une tyrannie de la majorité, dont l’histoire récente a montré qu’elle pouvait amener aux pires excès.

Certains voudraient rogner le deuxième pilier, au nom d’une prétendue efficacité et en réaction à des décisions populaires jugées peu raisonnables. Cette tentation élitiste est vaine et inopportune. Le corps électoral n’acceptera jamais que ses droits de référendum et d’initiative soient réduits. Et c’est sur le terrain du débat de fond qu’il faut combattre, et parfois tenter de corriger, des options contraires aux valeurs fondamentales ou aux intérêts vitaux du pays.

A l’inverse, d’autres voudraient démanteler le troisième pilier. Les droits fondamentaux devraient céder le pas, en toute circonstance, à l’humeur majoritaire. Il conviendrait donc, au nom de la démocratie, de dénoncer la Convention européenne des droits de l’homme. Or, les droits fondamentaux sont des limites que le peuple s’est lui-même démocratiquement imposées, car elles sont la condition sine qua non d’un vivre ensemble pacifique. Il ne peut y avoir de véritable démocratie sans respect des minorités et des sans-voix.

La démocratie n’est pas un système simpliste. Ce n’est ni le despotisme éclairé ni la loi de Lynch. La démocratie helvétique trouve sa force et son efficacité dans l’équilibre de ses trois piliers. Remettre en cause cet équilibre est irresponsable.

Commentaires

Monsieur Tanquerel,

De quelle démocratie pouvons nous parler quand notre gouvernement n'a même pas la maîtrise de sa banque centrale ni que celle-ci ne soit indépendante de la monnaie européenne. Notre gouvernement n'a même pas les moyens de ses politiques... De fait, il est déjà sous tutelle...
Il faudrait, peut-être, commencer par là.

Je suis d'accord avec vous que notre démocratie est ressentie comme un privilège très envié des peuples du monde entier.
Comme vous le dites, elle est perfectible et j'aurais une question chatouilleuse à propos de la formation de notre Conseil Fédéral. Je dis bien Formation parce que les Conseillers Fédéraux ne sont pas des élus du peuple. Si le peuple élit ses députés nationaux, il n'a pas désigné sept d'entre eux à l'exécutif du pays, ce sont les autres députés de l'assemblée qui les désignent. C'est de la cooptation. De la nomination.

Plus bas, vous dites ceci et je vous cite:
"A l’inverse, d’autres voudraient démanteler le troisième pilier. Les droits fondamentaux devraient céder le pas, en toute circonstance, à l’humeur majoritaire. Il conviendrait donc, au nom de la démocratie, de dénoncer la Convention européenne des droits de l’homme."

Qui d'autres donc que La Commission Européenne qui ait manifesté son désir de démanteler ces droits fondamentaux en faisant injonction à la Suisse de faire l'impasse sur sa démocratie, les fameuses "Négociations-sur-Les-Institutions". En en faisant d'ailleurs la condition sine qua non pour entamer ou reprendre les négociations sur le paquet des Bilatérales III.

Si on avait encore quelques doutes jusqu'à la crise grecque, après elle, on n'en a plus. Les dirigeants "Non Elus" de l'Union Européenne, la fameuse Commission, avait déclaré à un moment crutieal de la dette grecque, "qu'il n'y a pas de démocratie contre les traités."
C'est, on ne peut plus clair. Les droits fondamentaux humains des Grecs se sont vus ouvertement et violemment bafoués. Les nôtres, sans nul doute,le seraient pareillement. Les politiques sociales n'y auraient plus leur place.

Alors, voulons-nous toujours troquer notre démocratie contre une adhésion à l'Union Européenne ou contre l'adoption des Bilatérales III?
Sur cette question, aucun parti partisan des Bilatérales n'a répondu de manière tranchée.
Un politicien de gauche aurait pu rétorquer que l'UE devrait prendre exemple sur la Suisse au lieu de mendier à genoux.

Comment se fait-il que les partis de gauche comme Les Socialistes, réputés pour être le fer de lance de l'égalité, de l'équité, de l'équilibre et de la démocratie, n'aient jamais proposé cette élection par le suffrage universel, à la proportionnelle et sur la base d'une répartition des sièges?

M. Grobet, ex-membre socialiste ne l'en avait fait que très confidentiellement dans les coulisses de sa constellation gauchiste.
L'UDC l'avait reprise quelques années plus tard. Émanant d'elle, l'initiative fut connotée xénophobe. Diabolisée de la couleur elle était sûre d'échouer et elle échoua.

Conclusion:
Les partis et leurs couleurs priment sur tout système démocratique qu'ils contrôlent et orientent. C'est de la Démocrature.

En Suisse, personne n'a eu la tentative de faire céder les droits fondamentaux devant une humeur majoritaire. Heureusement que cela n'est encore jamais arrivé. Et respect des minorités dites vous, pour le vivre ensemble, elle peuvent se révéler parfois tyranniques en cela qu'elles excluent tout ce qui ne lui ressemble pas et qu'elles exigent le sacrifice d'une grande majorité pour qu'elles puissent jouir de privilèges. Les minorités peuvent constituer une opposition très puissante qui peut faire céder aussi des libertés fondamentales. Il suffit d'un symbole cautionné par une partie de l'élite au pouvoir qui en donne les moyens, qui mobilise ses troupes, et qui en soutienne le budget nécessaire.
Les minorité puissantes et efficaces sont à la mode au 21è siècle.

Les théories du vivre ensemble sont de pures fictions tant que les gens ne peuvent s'y inspirer d'eux-même en lieu et place des normes imposées.

Écrit par : Beatrix | 28/09/2015

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