02/08/2015

Blocher de retour au Conseil fédéral ?

Les élections fédérales de cet automne auront-elles un enjeu important ? A lire Jean-Daniel Delley (www.domainepublic.ch/articles/27800)  récemment dans Domaine Public, on peut en douter : il n’y a, en Suisse, ni majorité ni opposition au sens des régimes parlementaires, mais des majorités changeantes au gré des dossiers, relève-t-il. C’est juste et Delley a bien le droit d’ironiser sur un Christian Levrat évoquant une « majorité des forces progressistes » dont ferait partie le PDC.

Et pourtant, peut-on vraiment considérer que le Conseil fédéral d’il y a dix ans, avec Blocher et Merz, et celui d’aujourd’hui, certes pas de gauche ni de centre gauche, sont politiquement équivalents ? Peut-on vraiment croire que si l’UDC et le PLR prennent la majorité au parlement, le tournant énergétique, sans nucléaire, survivra ou qu’une réforme de l’AVS et de la LPP pourra aboutir sans que les femmes n’en paient le prix ?

Or, c’est bien de cela qu’il s’agit. Contrairement à ce que prétend Toni Brunner, l’Assemblée fédérale et le Conseil fédéral ne sont évidemment pas dominés par une majorité de centre-gauche. Delley le souligne avec raison (www.domainepublic.ch/articles/27800). Mais c’est un fait qu’aujourd’hui les deux partis les plus résolument à droite, l’UDC et le PLR, n’ont ensemble de majorité dans aucune des chambres. Il ne leur manque cependant que 13 sièges au Conseil national et 20 sièges sur l’ensemble de l’Assemblée fédérale.

Si, le 18 octobre, le PS progresse et que le PDC, les Verts et les deux petits partis centristes résistent mieux que prévu, le risque d’un brutal virage à droite au Conseil fédéral et au parlement sera clairement écarté. Dans une hypothèse moins optimiste, si l’UDC et le PLR gagnent des sièges, mais échouent dans leur tentative d’obtenir la majorité eux seuls, les choses seront plus compliquées, mais on peut espérer éviter à tout le moins une reblochérisation du Conseil fédéral.

Il ne faut cependant pas se voiler la face. Les élections à Bâle-Campagne et à Lucerne rendent possible un scénario du pire : celui où le PS stagnerait, voire reculerait notamment au Conseil des Etats, où les Verts s’effondreraient et où le PLR et l’UDC progresseraient de manière spectaculaire. Fort alors d’une majorité en tout cas au Conseil national et dans l’Assemblée chambres réunies, ces deux partis pourraient bloquer toute réforme progressiste et composer le Conseil fédéral à leur guise. Nul doute que le sort d’Eveline Widmer-Schlumpf serait scellé : elle serait remplacée par un blochérien de stricte obédience. On rappellera aussi, la proposition du président de l’UDC d’offrir un deuxième siège au PDC au détriment du PS. Suivant le résultat des élections, cette proposition pourrait bien refaire surface. Elle entraînerait  de fait le passage du PS dans l’opposition et un Conseil fédéral composé de trois UDC, deux PLR et deux PDC. Dans un tel contexte, Christoph Blocher pourrait être tenté par un retour triomphal comme homme fort du gouvernement.

Même si l’on considère un tel scénario comme fantaisiste, il reste qu’une majorité PLR-UDC aux Chambres fédérales aboutirait à un retour sinon de Blocher en personne, mais pour l’un moins d’un de ses clones au gouvernement.

Christian Levrat, fonction oblige, dramatise un peu, mais il a bien raison d’affirmer que les prochaines élections fédérales seront les plus importantes politiquement depuis longtemps. Beaucoup dépendra donc de la mobilisation des électeurs et électrices progressistes, plus indispensable que jamais.

Commentaires

Avec Blocher la politique du CF était moins soporiphique

Écrit par : norbert maendly | 02/08/2015

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