29/03/2015

Sécurité des piétons : l'heure d'une initiative populaire cantonale ?

Les piétons sont, avec les cyclistes, les personnes les plus vulnérables dans un espace public largement monopolisé par la circulation automobile. Les statistiques de ces dernières années ne montrent pas d’amélioration de la situation en ce qui concerne les accidents dont les piétons sont victimes dans le canton de Genève. Le nombre de tués varie entre 2 et 4 par an. Quant au nombre de blessés graves, il était de 79 en 2010, pour descendre à 48 en 2011, mais remonter ensuite à 64 puis 78 en 2012 et 2013. Le nombre de blessés graves sur des passages piétons n’a pas cessé d’augmenter depuis 2010, passant de 13 cette année-là à 31 en 2013.

Mais la sécurité de piétons ne se mesure pas seulement en examinant les statistiques des accidents. Elle concerne aussi la confiance que peuvent avoir les parents à laisser leurs enfants se rendre seuls à pied à l’école, au degré d’angoisse des personnes âgées qui doivent traverser la rue, d’une manière générale au confort ou à la crainte que ressentent les piétons dans les rues de notre canton. Ces éléments sont difficiles à mesurer scientifiquement. Mais quiconque s’est rendu récemment à Berne, Bâle ou Zurich a pu se rendre compte de la différence de statut des piétons dans ces villes par rapport à Genève, qui se révèle particulièrement inhospitalière et stressante pour qui n’est pas protégé par une armure de métal autotractée. L’impunité dont jouissent les automobilistes qui brûlent les feux rouges ou dépassent la vitesse maximale autorisée dans des zones très densément peuplées saute également aux yeux, tant les contrôles sont rares. Il y a longtemps que l’automobiliste genevois n’a plus peur du gendarme.

Or, l’un des progrès intéressants de la nouvelle constitution genevoise est l’introduction du critère de la sécurité dans les principes devant guider la politique de l’Etat en matière de mobilité (art. 192 al. 2), là ou auparavant la complémentarité des moyens de transport et la fluidité du trafic étaient seules évoquées.

Dans une vision globale et rationnelle des transports, l’amélioration de la sécurité des piétons résulterait d’une diminution de la part du trafic privé au profit des transports publics, d’une modération générale de la circulation automobile et d’une allocation plus équitable de l’espace public en faveur des piétons. Cette approche, qui rencontre un succès certain en Suisse alémanique, avec l’appui d’une vaste convergence politique allant de la gauche à la droite modérée, n’est guère possible à Genève. En effet, une alliance pro-voiture très soudée, qui réunit l’Entente, le MCG et l’UDC, est intransigeante dans sa défense de la priorité donnée au trafic automobile dans l’allocation de l’espace public.

L’amélioration de la sécurité des piétons ne peut donc, pour l’instant, passer que par une politique visant spécifiquement ce but. Aujourd’hui, le canton, par manque de volonté, et les communes, par manque de compétences, se contentent à cet égard du service minimum.

Face à cette situation, les associations environnementales et de quartier devraient sérieusement songer à lancer une initiative populaire législative qui fixerait en termes de contrôles, de signalisation, d’aménagement et de répartition des compétences, les principes d’une politique volontariste de sécurité en faveur des piétons et en particulier des plus faibles d’entre eux, les enfants et les personnes âgées. Contournant la guerre des tranchées concernant la répartition de l’espace public entre les différents modes de transports, une telle initiative serait à même de rassembler une large coalition, au-delà des soutiens traditionnels de la mobilité douce, en vue d’obliger les autorités à placer la sécurité des piétons en tête de leurs priorités en matière de transports.

Commentaires

Bonsoir


La sécurité des piétons commence par leur propre attention, par exemple à regarder à gauche et à droite avant de traverser, même au feu vert pour eux, et surtout à éviter de tripoter leur smartphone ou baladeur mp3 pendant cette périlleuse traversée.

Merci, mais assez d'initiatives, svp, et un peu plus de bon sens... c'est comme les prophètes, on a vraiment pas besoin d'en rajouter.

Écrit par : Sylvie Fontana | 29/03/2015

Vous avez tout à fait raison. Automobiliste plus souvent que piéton ou cycliste, je m'efforce de respecter les règles de circulation et les autres usagers des voies publiques. Toutefois, je souhaiterais que cyclistes et piétons prennent davantage conscience de leurs responsabilités. Par exemple, pour les cyclistes : respecter la signalisation routière, ne pas rouler de nuit sans éclairage sur une route à grande circulation en ignorant la piste cyclable sécurisée, ne pas débouler à bicyclette sur un passage pour piétons en se prévalant d'une priorité qu'ils n'ont pas; pour les piétons : ne pas traverser dans l'obscurité à dix mètres d'un passage "clouté" bien éclairé, manifester clairement leur intention de traverser (le signe de la main n'est malheureusement plus obligatoire), être conscients que si la chaussée est glissante par temps de pluie ou de neige, la distance de freinage est plus longue, etc.
J'ajoute enfin, pour être équitable, que j'aurais aussi beaucoup de reproches à faire aux automobilistes, mais ce n'est pas ici le propos.

Écrit par : Clérembart | 30/03/2015

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