16/03/2015

Paix des transports : le cas des zones piétonnes

Ainsi donc, nous annonce la Tribune, sept députés quêteront la paix des transports. L’entreprise est louable et il faut leur souhaiter bonne chance. En matière de transports publics, de modération de la circulation, voire de pistes cyclables, il n’est pas impossible que des compromis raisonnables soient trouvés. La tâche paraît beaucoup plus difficile en ce qui concerne le stationnement et les zones piétonnes, tant la majorité du parlement fétichise le premier et n’a aucun intérêt pour les secondes. L’exemple du projet de parking dit des « Clés de Rive », dont la construction serait échangée contre la création d’une zone piétonne de Rive à Longemalle (ou presque, la rue du Port n’étant qu’une « extension possible » de la zone projetée) en est la parfaite illustration.

Sur le principe, il n’est pas sûr que, du point de vue de ceux qui prônent la limitation de la circulation automobile en ville, cet échange en vaille la peine. Il est à craindre que le dommage causé par le surcroît de trafic dû au nouveau parking soit bien plus élevé que l’avantage découlant des rues piétonnes à créer, dont une partie restera ouverte à la circulation des transports publics et l’autre ne connaît actuellement qu’un trafic très modéré. Toutefois la perspective de disposer de la première zone piétonne digne de ce nom en Ville de Genève imposerait d’examiner sérieusement le compromis proposé, si justement la zone envisagée était véritablement piétonne.

Or, au vu des plans qui ont été publiés dans la presse, on constate que la place Longemalle est considérée comme « zone piétonne existante » entre la rue de Rive et la rue du Rhône. Et c’est là que l’on flaire le traquenard. En effet, cette prétendue zone piétonne est pour une bonne moitié occupée par du stationnement, tout ce qu’il y a de plus officiel et autorisé, avec marquage au sol et une voie de circulation permettant l’accès à la rue du Rhône aux véhicules venant du Pont du Mont-Blanc. On reconnaît là un processus fréquent à Genève : la Ville aménage à grands frais un espace de qualité à l’intention des piétons, puis le canton y impose des voitures. Le même phénomène s’est produit à la rue de l’Ecole de médecine. Pour compenser l’augmentation de trafic attendue de la construction du pont Wilsdorf, la Ville a élargi les trottoirs et y a planté une belle rangée d’arbres. Le canton a ensuite imposé des places de stationnement sur ces trottoirs, à quelques mètres d’un parking souterrain nullement saturé. Il a même récemment supprimé la piste cyclable pour implanter davantage de places de parc pour voitures et scooters, que l’on retrouve désormais à la fois sur la rue et sur les trottoirs.

En tant qu’habitant du quartier, je serais heureux de bénéficier d’une véritable zone piétonne du côté de Rive. Mais si la seule différence avec la situation actuelle réside dans le pavage de ma rue, qui conservera voie de circulation et stationnement, je ne suis pas intéressé, merci.

Si un échange honnête est proposé entre parking souterrain et nouveaux espaces pour piétons, le projet des Clés de Rive mérite au moins discussion. Mais tant que des voitures colonisent la place Longemalle et les trottoirs de la rue de l’Ecole de médecine, les promesses de piétonisation n’ont aucune crédibilité et il n’y a même pas lieu d’entrer en matière.

 

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