06/01/2013

Quel objectif pour les socialistes au Conseil d'Etat ?

Le délai interne pour le dépôt des candidatures au Conseil d’Etat vient à échéance dans deux jours en ce qui concerne le Parti socialiste genevois. S’il s’agit simplement de sélectionner des personnes compétentes défendant les valeurs socialistes, aucun souci. Les deux candidates et le candidat qui se sont déjà annoncés possèdent incontestablement l’expérience et les qualités personnelles pour représenter dignement la gauche au gouvernement. D’autres candidatures de valeur arriveront peut-être au dernier moment.

Mais l’entrée au Conseil d’Etat ne se fait pas par une ouverture de poste. Elle ne récompense pas de bons et loyaux services. C’est un combat politique, dont les objectifs doivent être clairement fixés : objectifs électoraux, puis dessein gouvernemental.

Avec le changement de système électoral induit par la nouvelle constitution, il n’est plus question de jouer « petit bras ». On ne peut plus maintenir les systèmes de sélection du passé en présentant un nombre restreint de candidats. La nouvelle logique électorale exige de voir grand, en offrant un choix aux électeurs, d’une part dans la répartition des forces au gouvernement, d’autre part dans la désignation des personnalités représentant ces forces. Dans ce contexte, si les militants socialistes, par nostalgie du temps où ils choisissaient réellement les ministres, refusaient d’ouvrir le jeu, ils risqueraient fort d’être punis par leurs électeurs.

Il en découle naturellement que l’objectif électoral ne peut être qu’une majorité alternative au Conseil d’Etat et une présidence socialiste de celui-ci. Le PLR, parce que c’est de bonne guerre, et une partie de la presse, parce qu’elle manque d’imagination, cherchent à faire croire que la présidence du Conseil d’Etat revient de droit divin à François Longchamp. Ce sont pourtant bien les électeurs qui décideront. S’ils plébiscitent le PLR, après une analyse approfondie du bilan du Conseil d’Etat sortant, dominé par ce parti, il faudra s’incliner. Mais on peut imaginer que ce bilan n’impressionne guère et que le peuple genevois souhaite une autre voie. L’Alternative doit être prête à relever le défi. En l’absence des poids lourds David Hiler et Charles Beer, qui auraient eu toute légitimité à briguer la présidence renforcée du Conseil d’Etat, les candidates et candidats socialistes doivent se déclarer prêts à assumer leurs responsabilités, dans une saine émulation avec nos alliés Verts

Obtenir la majorité et la présidence du Conseil d’Etat n’a toutefois de sens que si c’est pour faire autre chose que de la gestion au jour le jour. Les socialistes doivent avancer une vision gouvernementale large, qui ne saurait se résumer à leurs terrains de jeux traditionnels. Ils et elles doivent affirmer une claire volonté réformatrice. Les chantiers ne manquent pas, dont plusieurs sont imposés par la nouvelle constitution. On n’en évoquera ici que quelques-uns.

La réforme fiscale. Comment justifier que pour un foyer tout à fait conventionnel, sans activités particulièrement complexes, la déclaration fiscale genevoise totalise plusieurs dizaines de pages, alors qu’elle n’en fait que quatre en France, réputée pour sa complication administrative ? Une mesure de simplification et de justice fiscale techniquement facile consisterait à supprimer toutes les déductions qui ne sont pas imposées par le droit fédéral. Pour des frais identiques, ces déductions profitent de façon disproportionnée aux riches, en raison de la progressivité de l’impôt. Les gains fiscaux résultant de leur suppression permettraient d’alléger le taux d’imposition des classes modestes et moyennes, qui ne paieraient donc pas davantage, et de combler pour partie le déficit des finances publiques en demandant un petit effort aux plus aisés.

La réforme de l’administration. Les réformes menées au nom de la nouvelle gestion publique avaient pour objectif déclaré d’améliorer l’efficacité de l’administration en assouplissant son fonctionnement, ce qui était en soi louable. En réalité, on observe le plus souvent à la fois un affaiblissement du service public et un contrôle bureaucratique accru. La réponse à ce constat d’échec n’est pas un retour nostalgique à l’administration de grand-papa, mais une réorientation des réformes vers la réhabilitation des valeurs du service public, ainsi qu’un encouragement de la créativité des agents de l’Etat et des délégataires de tâches publiques, comme les associations à but idéal.

La réforme du logement. La nouvelle constitution montre la voie. La protection des locataires et le maintien du parc de logement existant ne sauraient être remis en cause. Cela n’est pas suffisant. Il faut construire. A grande échelle et à une densité véritablement urbaine. Des déclassements peuvent être envisagés à cette fin. Mais la condition du succès est l’élaboration de vrais projets d’urbanisme, cohérents, structurés par un réseau de transports public à forte capacité. Le canton doit aussi encourager et imposer s'il le faut l’équité territoriale : on ne saurait toujours densifier les quartiers les plus populaires en épargnant largement les communes et quartiers privilégiés.

La réforme des transports. Les transports publics genevois se sont modernisés de façon spectaculaire depuis leur reprise en main, il y a plus de 20 ans, par Bernard Ziegler. Mais tant qu’un nombre illimité de voitures particulières leur disputera la voirie publique urbaine, ils n’atteindront pas l’efficacité de ceux des villes alémaniques. Dans la circulation, une claire priorité doit leur être accordée.

La réforme des communes. On dit souvent que la Constituante a échoué sur ce chapitre. A vrai dire, dès la campagne précédant l’élection de celle-ci, je me suis inquiété des attentes illusoires mises dans le processus constitutionnel à ce sujet. Les rapports entre canton et communes sont largement réglés au niveau infra-législatif. La constitution ne peut que donner des grandes orientations. Même s’il ne contient pas la réforme structurelle – les districts – que j’appelais de mes vœux, le nouveau texte pose les bases d’un mouvement de rationalisation qui doit se traduire dans la pratique quotidienne. Ce mouvement ce sont les exécutifs cantonaux et municipaux qui doivent le conduire, sous le contrôle démocratique des parlements et des électeurs.

Ce ne sont ici que quelques exemples de domaines où une impulsion forte et continue du nouveau gouvernement sera la condition indispensable des réformes dont notre canton a besoin. On pourrait en donner d’autres, notamment en matière énergétique, sociale ou éducative. La perspective de « grands compromis » qui ouvrent la voie au changement sans en casser la dynamique est plus ou moins marquée selon les cas. Mais, quelles que soient les chances de succès, les candidates et les candidats socialistes au Conseil d’Etat devront oser proposer une démarche audacieuse et tranchée, afin que l’élection du gouvernement donne un véritable choix de contenu au peuple genevois.

 

Commentaires

bon, tu te présentes ou bien?

Sans rire, cet aperçu de programme me semble pertinent, mais le problème viens également d'un manque d'envie de gouverner d'une partie de la gauche, qui recrute ses forces également aux sein des partis gouvernementaux.

Écrit par : olivier | 08/01/2013

Les problèmes n'ont pas changé à GE. Dès lors faire le diagnostique est aisé.

Ce qui compte c'est les conditions de l'exécution des mesures.

Pour les lancer, il faut être dans la majorité et y être le 1er parti.

Le PS devrait gagner entre 5 et 8 sièges au GC. L'AdG y refaire son entrée, etc.

Back to the futur.

Écrit par : demeziere | 08/01/2013

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