01/08/2012

Le projet de nouvelle constitution : un acte patriotique

Le patriotisme, tel que je le conçois, ce n’est pas l’autocélébration satisfaite de mythes plus ou moins éculés, c’est encore moins le rejet de l’autre, le culte d’une identité fondée sur l’exclusion, la démonstration de force contre de prétendus envahisseurs. C’est, plus simplement, faire passer les intérêts de la communauté dans laquelle on vit avant ceux de son clan, de son parti, de sa petite personne. Avec la pleine conscience que cette communauté doit être – économiquement, socialement et écologiquement – solidaire des autres communautés, la plupart moins chanceuses, qui peuplent notre planète. Le patriotisme est une responsabilité altruiste.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que, longtemps, ce patriotisme positif ne m’a pas sauté aux yeux dans le cours des travaux de l’Assemblée constituante. Dogmatisme, purs rapports de force, invectives submergeaient, du moins dans le discours, la recherche patiente de solutions constructives. Puis les choses ont changé, un mouvement dit de « convergence » a mobilisé un nombre de plus en plus large de constituants, en vue de travailler à un projet rassembleur. Bien sûr, les rapports de force n’ont pas disparu, les négociations ont été âpres. Mais la volonté d’aboutir était bien là. Chacun a fait le sacrifice de rêves précieux. Au final, une très large majorité a voté en faveur d’un projet qui n’est pas le bouillon tiède présenté par certains, mais un très bon texte, novateur et raisonnablement progressiste. Politiquement, il était certainement plus facile de se draper dans une rugueuse pureté idéologique, de droite ou de gauche, et de dénoncer, parfois avec des accents de guerre froide, les monstrueuses compromissions du processus de convergence. Pourtant, n’en déplaise aux imprécateurs, ce projet est bon pour notre canton. C’est pourquoi, en toute immodestie puisque j’ai contribué à l’opération, je considère que son adoption, sous les invectives vengeresses des purs et des durs, a été un acte patriotique. L’intérêt de Genève a prévalu sur les calculs de boutique politicienne.

Mais rien n’est gagné. Pour peu qu’elle se soit intéressée au processus constitutionnel, la population reste encore marquée par l’impression très défavorable du début des travaux. La morosité économique favorise objectivement le désir de dire non, sans forcément creuser la question posée. Une puissante « alliance objective » réunit contre le projet ceux qui, tout à droite, ne partagent pas ma conception du patriotisme et que l’ouverture du projet révulse et ceux qui, à l’extrême gauche, honnissent le compromis et le réformisme.

L’ensemble des partis gouvernementaux, les constituants qui ont approuvé le projet et les nombreuses associations qui soutiennent la nouvelle constitution doivent se mobiliser. Il faut expliquer sans relâche le véritable contenu d’un projet qui, par nature, est juridique et technique. Réfuter patiemment les interprétations absurdes, voire les contrevérités pures et simples assénées par les opposants. Mettre en valeur les promesses du projet. Plus fondamentalement, inviter les Genevoises et les Genevois à se faire confiance, à eux-mêmes et entre eux, plutôt que de s’enfermer dans un conservatisme amer et stérile.

23:09 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

Ce qui est insupportable avec votre rhétorique, c’est que vous usez d’une pensée manichéenne (mais, chez les socialistes, c’est une marque de fabrique !) qui n’aide ni à éclaircir votre sujet ni à convaincre.

On comprend que, pour vous, il y a d’un côté les bons qui pratiquent un « patriotisme positif » et qui recherchent des « solutions constructives » (qu’ils trouvent évidemment !) et de l’autre des « imprécateurs » qui sous leurs « invectives vengeresses » seraient dans des « calculs de boutique politicienne ».

Toutefois vos sentences ne permettent pas de comprendre en quoi le projet de nouvelle constitution est « bon », « novateur » et « raisonnablement progressif ».
Votre statut de professeur ordinaire en droit ne suffit pas à m’impressionner !

J’ai besoin d’arguments !

Écrit par : Michèle Roullet | 05/08/2012

Le ton de ce commentaire n'illustre-t-il pas mon propos ? Le fait que le projet a été adopté par une large majorité, dont les composantes ont su faire les sacrifices nécessaires par rapport à leur programme est déjà, à mon sens, un argument en sa faveur. Mais il faut bien sûr aussi argumenter sur le texte lui-même. Je le demande à tous ceux qui soutiennent le projet, ce qui me vise aussi et j'ai commencé (voir ma note sur la culture).

Écrit par : Thierry Tanquerel | 13/08/2012

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