16/03/2011

Hommage

Le théâtre et les auteurs de Romandie ont perdu un artiste précieux. Gérald Chevrolet s’en est allé, vaincu par le cancer, à 55 ans. Eternel jeune homme, souriant à la fête et à la vie, pas comptable pour deux sous, enthousiaste et curieux, pas politique mais engagé, il vivait pour la scène et l’écriture. Nous avions fait notre école d’art dramatique ensemble. Je n’ai insisté que quelques années. Lui est resté fidèle à son amour des mots, écrits et joués. Infatigable dans le « off » genevois, il avait aussi dirigé les « Maisons Mainou » et leurs résidences d’auteurs en mémoire de Germaine Tournier, leur rencontre et leur collaboration furent quelque chose d’unique. Depuis quelque temps, il avait transporté son énergie créatrice dans le Jura, son canton d’origine. Il y défiait aussi la maladie. Saleté de crabe. Adieu notre Gérald !

09/03/2011

Bousculade tout à droite et grand vide au centre

 

Le héraut de la politique virile rêve, au fil de ses billets, d’une révolution conservatrice à Genève. Jean-François Mabut, lui, l’a vue, cette révolution, dans un « sondage » pas sérieux, à partir duquel il s’amuse à échafauder une hypothèse où l’extrême-droite triomphe et la gauche s’effondre. Si ce scénario catastrophe pouvait mobiliser les électeurs pour qui la solidarité et la justice sociale ont encore un sens, on en remerciera l’aimable animateur des blogs de la Tribune de Genève.

Mais quel que soit le verdict des urnes dimanche prochain, le paysage politique de la Ville de Genève a déjà changé. Pas tant à gauche, où l’on a simplement repeint la façade d’une des composantes de l’Alternative. En revanche, la mutation est spectaculaire à droite.

L’absorption du parti radical par le parti libéral a clairement renforcé une droite économique de plus en plus dogmatique. Avec la pression du MCG et la volonté de l’UDC de rebondir, la compétition est ainsi féroce tout à droite de l’échiquier politique. Le PDC aurait pu en profiter pour occuper seul le centre. Il a préféré se ranger derrière un candidat au Conseil administratif, certes jovial et souriant, mais dont les positions, notamment au sein de la Constituante, sont celles d’une droite ultralibérale pur sucre (c’est son groupe qui a fait passer l’idée ahurissante de supprimer de fait la zone de développement, ce qui privera le canton et les communes de tout moyen de faire construire du logement social). Comme les Verts libéraux sont transparents, le centre est désormais vide.

La zone du « ni gauche ni droite », revendiquée par des leaders MCG complaisamment relayés par des commentateurs qu’on a connu mieux inspirés, l’est tout autant. Car le MCG est de droite. Philippe Souaille, qui n’est pas de gauche, le souligne très justement dans un récent billet. A l’instar d’une Marine le Pen, qui aime à fustiger « l’UMPS », le MCG attaque tous les partis en place, mais ses positions de fond, lors des votes importants au parlement, devant le peuple ou encore au sein de la Constituante, sont celles d’une droite très conservatrice, fort peu sociale, mâtinée de nationalisme cantonal, seul point, avec la défense de la démocratie directe, qui le distingue du PLR. Son candidat le plus connu en Ville de Genève et probable postulant au Conseil administratif, l’ex-UDC Soli Pardo, se déclare d’ailleurs fièrement homme de droite, ce dont personne ne doute d’ailleurs.

Si, par malheur, le MCG faisait une percée qui prive l’Alternative de la majorité qu’elle détient actuellement au conseil municipal, celui-ci ne sera donc pas sans majorité, mais clairement à droite, comme le Grand Conseil ou comme la Constituante, où l’absence de centre est flagrante. Il reste quelques dizaines d’heures à l’Alternative pour faire passer ce message aux électeurs progressistes qui hésiteraient encore à remplir leur devoir civique.

 

 

01/03/2011

C'est la droite qui a rompu l'accord sur le logement

Réagissant au lancement des deux initiatives de l’ASLOCA, les partis de droite et les milieux immobiliers, bien relayés par la presse, ont accusé celle-ci d’avoir « rompu l’accord sur le logement ».

Or, quoi qu’on puisse penser de chaque éléments des initiatives de l’ASLOCA, la rupture de la paix du logement c’est bien la droite – Entente, MCG et UDC – qui l’a consacrée en décidant, le 21 octobre dernier déjà, au sein de l’assemblée constituante, la suppression de la zone de développement.

Cette question mérite qu’on y revienne, car, curieusement, le bouleversement décidé par la droite en la matière n’a guère provoqué de débat public, malgré son caractère extrémiste, rompant avec la politique plus modérée suivie jusqu’ici par l’Entente sur le plan cantonal.

La majorité de la Constituante a d’abord voté l’abrogation du droit au logement, sous le prétexte que ce droit, accepté par les électeurs suite à une initiative populaire, n’avait pas résolu la crise du logement. Cette motivation est admirable : puisque l’Etat et l’économie privée se sont montrés incapables de satisfaire un des droits sociaux les plus essentiels, celui d’avoir un toit, supprimons ce droit et le problème sera réglé ! La droite ne s’est pas arrêtée là. Elle a aussi dénaturé les principes de la constitution actuelle (art. 10A) qui visent à concrétiser le droit au logement, pour les remplacer par un brouet clair, où tout n’est pas à jeter, mais duquel il résulte essentiellement qu’il faut faciliter la vie des propriétaires et des promoteurs.

Mais surtout, in cauda venenum, la majorité a prévu que lorsque le taux de vacance dans le canton est inférieur à 1% les zones de développement sont soumises aux règles des zones ordinaires (art. 169 let. e de l’avant-projet de constitution). Si l’on sait que ce taux est depuis 10 ans en dessous de cette limite et se situait en juin 2010 à 0,23%, autant dire que les zones de développement seront durablement supprimées.

Or, il faut savoir que la zone de développement est le seul moyen dont dispose l’Etat pour imposer la construction d’une certaine proportion de logements correspondant aux besoins prépondérants de la population. C’est aussi le seul moyen dont il dispose pour tenter de freiner la spéculation en fixant un prix de vente maximum du terrain, au-delà duquel il n’autorise pas un projet de construction. Si les terrains actuellement en zone de développement sont soumis aux règles des zones ordinaires, l’Etat sera obligé d’autoriser tout projet de construction conforme aux normes de police applicables, quel que soit le type et le prix des locaux construits et quel que soit le prix du sol. Dans ces conditions, plus aucun logement à destination des classes modestes et moyennes ne sera construit. Seuls seront offerts des bureaux et des logements de luxe à vendre, l’Etat n’ayant plus de moyen juridique de s’y opposer. Même si les collectivités publiques décident de construire elles-mêmes (ce qui n’est manifestement pas le programme de la droite), elles ne le pourront pas : en effet, le prix des terrains, libéré de tout contrôle, explosera et les collectivités ne seront plus en mesure de les acquérir, ce d’autant plus qu’elles perdront le droit de préemption qui est lié à la zone de développement. L’augmentation massive des prix des terrains, ainsi que l’arrêt total de la construction de nouveaux logements sociaux auront en outre pour conséquence inévitable une pression à la hausse pour l’ensemble des loyers genevois.

Tous les grands projets de logement en cours (Les Vergers à Meyrin, les communaux d’Ambilly, le quartier Praille-Acacias-Vernets) seront condamnés, les propriétaires ayant alors le droit, selon les règles des zones ordinaires, de réaliser des opérations beaucoup plus lucratives. La droite prétend soutenir ces projets, mais vote une mesure constitutionnelle qui rendra impossible leur réalisation.

Les dispositions sur le logement de l’avant-projet de constitution représentent ainsi la fin de toute politique sociale en la matière et un feu vert à la spéculation immobilière. On doit reconnaître ici à la majorité de la Constituante une certaine cohérence : après avoir supprimé le droit au logement, elle en tire les conséquences en supprimant l’instrument juridique principal de sa réalisation.

C’est donc clairement la droite qui a, la première, déterré la hache de guerre au sujet du logement, prenant au passage le risque de couler tout le processus constitutionnel. A ce stade, les citoyens ont deux importantes occasions de s’exprimer. D’abord à travers la consultation qui vient d’être lancée. La parole est offerte à tous, elle doit être prise.

La deuxième occasion de débat est offerte par les élections municipales. Comment les partis de l’Entente, le MCG et l’UDC vont-ils expliquer aux électeurs des communes qui possèdent de vastes zones de développement pourquoi ils veulent de fait réserver celles-ci aux bureaux et aux logements de luxe ? La question est particulièrement brûlante pour le PDC et le MCG, qui présentent en Ville de Genève des constituants ayant voté la mise à néant du droit au logement et de la zone de développement. La proposition concernant la zone de développement venait d’ailleurs du groupe Ge’Avance, dont fait partie le candidat PDC au Conseil administratif. Les partis de l’Alternative seraient donc bien inspirés de mettre le logement au centre de la campagne et les candidats issus de la Constituante face à leurs responsabilités.