23/01/2011

De la forme et du fond

 

En ce début 2011, la Constituante a meilleure mine qu’il y a quelques mois. La majorité de droite, sans vraiment céder de terrain sur le fond, a renoncé à l’arrogance hautaine dont elle faisait encore preuve au début de l’automne, s’étant rendu compte que cette attitude avait mauvaise presse. Les travaux de la commission de rédaction se sont déroulés dans un excellent climat. Le fait que les thèses votées par l’assemblée plénière sont maintenant traduites en langage juridique permet d’avoir une vue à la fois claire et globale de l’état des travaux constitutionnels. Après quelques dérives et hésitations qui ont pu inquiéter, le programme concocté pour la consultation de la population apparaît raisonnable et attrayant.

Seuls les grincheux impénitents refuseront dans ces conditions de reconnaître que l’atmosphère s’est allégée. Mais certains ténors de la droite vont plus loin. A les lire et à les entendre, le texte qui va être mis en consultation est carrément social-démocrate et ne contient rien qui pourrait choquer un constituant progressiste. En tout état de cause, les jeux seraient pour l’essentiel faits. Cette approche comporte un dangereux déni de la réalité.

Tous les partisans sérieux de la révision totale de notre constitution s’accordent sur le fait qu’un texte qui n’obtiendrait au sein de l’assemblée que les 43 voix de droite n’a aucune chance devant le peuple. En l’état, le texte de la nouvelle constitution serait d’ailleurs rejeté par une écrasante majorité de l’assemblée elle-même. En effet, le MCG a déjà proclamé son opposition de principe, l’Entente annonce qu’elle votera contre ce texte si elle n’obtient pas de concessions majeures sur les droits populaires, seul domaine important où elle n’a pu imposer son point de vue. Quant aux constituants de gauche, pas un d’entre eux ne peut voter le texte dans sa teneur actuelle.

Il est donc nécessaire de négocier. Mais la condition sine qua non de la réussite d’une négociation est l’admission par les deux parties de leurs divergences. On ne peut négocier si l’on affirme ne pas comprendre les positions de la partie adverse.

Or, sur le choix des droits fondamentaux à inscrire dans la constitution, sur le droit au logement, sur la zone de développement, sur l’éligibilité des fonctionnaires, sur le nucléaire, pour ne prendre que quelques exemples, la majorité de droite a imposé des thèses qui sont de véritables provocations pour la minorité. Elle en avait bien sûr parfaitement le droit. Mais elle va dans le mur si elle persiste à ne pas voir que ces décisions sont incendiaires pour la minorité. Elle sous-estime aussi la radicalisation de la base des partis et associations progressistes résultant de ces décisions. Il n’est pas question d’ajustements cosmétiques, mais de graves divergences de fond.

La majorité doit accepter la responsabilité que ce statut lui donne. Elle doit aussi accepter la minorité telle qu’elle est. Si ce pas est franchi, tout est possible, même le compromis historique qui sauvera le projet de constitution. Quelques signes, pour l’instant limités aux radicaux, semblent montrer une ouverture dans ce sens. Mais il faut maintenant cesser de tourner autour du pot. L’enjeu est simple : la majorité de droite a montré qu’elle a les moyens de concocter sa propre constitution sans la minorité. Dans ce cas, la minorité a les moyens de faire échouer le projet. Rendue très prudente par la manière dont les propositions des commissions ont été traitées en plénière, la minorité attend des actes et non un discours lénifiant. C’est à la majorité de faire son choix : négocier sans attendre, avec lucidité et franchise, ou continuer à jouir des délices d’un pouvoir en vase clos qui s’évaporera devant le peuple.

11:58 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0)

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